Cette rubrique vous renseigne sur des sujets peu ou mal connus de MONTREUX.
Image ci-dessus: fiche an thropométrique de Mussolini, alors détenu par la police de Berne (Wikipedia)
Christophe Boillat
En 1937, un doctorat honoris causa est décerné à Benito Mussolini par l’Université de Lausanne. Longtemps refoulé ou interprété unilatéralement comme un acte de propagande du régime fasciste, cet épisode ne cesse depuis cinquante ans d’alimenter la même question: comment une institution académique, au cœur d’un État démocratique, a-t-elle pu honorer un dictateur et un régime en pleine radicalisation impériale et totalitaire. Tel est le résumé d’une somme universitaire très documentée qui vient de sortir en librairie, éditée par Epistémé.
Codirigée par Gabrielle Duboux et François Vallotton avec Nadja Eggert et Jean-Philippe Leresche, cette étude de l’UNIL entend replacer la décision lausannoise dans le contexte des relations italo-suisses, des circulations du fascisme en Europe et des recompositions politiques de l’entre-deux-guerres. Cet ouvrage vient à nous remémorer différents épisodes qui ont lié la vie de Mussolini à Montreux, même avant que ce dernier prenne le pouvoir en Italie et le développe de manière brutale et fascisante.
La première occurrence entre le futur Duce et la Perle de la Riviera remonte en 1903. Quelque mois auparavant, le migrant transalpin a été arrêté à Lausanne pour vagabondage et conduit en cellule, après avoir travaillé deux semaines à la chocolaterie Peter à Orbe. Mussolini a souvent parlé et même écrit sur sa vie en Suisse.
À sa sortie de prison, il rencontre des socialistes transalpins et rejoint le syndicat italien des maçons. Il rédige des articles pour leur journal qui paraît à Lausanne. C’est le début d’une belle carrière de rédacteur. Par ailleurs brillant orateur, il intervient pour la première fois devant des travailleurs italiens du bâtiment à Montreux au mois d’août 1903. Il emprunte un pantalon décent et un chapeau…. MyMontreux.ch rappelle qu’«À Montreux, le futur Duce habitait en 1903 en bas à gauche de la Côte de Pallens, puis à la Cour des Miracles, au 22. Il était livreur de vin».
En novembre 1904, après 27 mois d’un séjour entrecoupé de brèves interruptions, le futur dictateur quitte la Suisse. Fondateur du fascisme, il dirige le royaume d’Italie d’une main de fer entre 1922 et 1943, notamment lors de la participation transalpine à la Seconde guerre mondiale avec les autres forces de l’Axe.
Retour à Territet
Mussolini revient en chef d’Etat en Suisse le 19 novembre 1922 pour sa toute première visite à l’étranger. Chef des faisceaux, le futur Duce, participe dans la capitale vaudoise à une grande conférence internationale qui débute le surlendemain au Casino de Montbenon. Ce fameux Traité de Lausanne va régler définitivement le conflit entre la Turquie et la Grèce, qui ont cessé le feu.
En froid avec les autres diplomates, Mussolini s’installe à Territet. Les journaux avaient annoncé son arrivée un peu avant. Adepte des parades, le Duce fanfaronne alors qu’il est accueilli à sa descente du train par des curieux, surtout par une «cohorte de ressortissants transalpins de la région», écrit l’envoyé du Messager de Montreux, lequel précise «notamment par la Philharmonie italienne de Vevey qui joue la Marcia Reale (ndlr: alors hymne italien)».
Accompagné par le comte Galeazzo Ciano, son gendre et bras-droit qu’il laissera condamner à mort et exécuter plus tard, Mussolini utilisera la chambre 28 du Grand Hôtel, pour des rencontres secrètes, notamment avec des émissaires du Reich; parmi lesquels Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères d’Hitler.
Nuée de fascistes à Montreux
Un troisième et dernier avatar lie le dictateur avec Montreux. Plusieurs leaders européens de la droite extrême se réunissent deux jours pour un Congrès international fasciste, les 16 et 17 décembre 1934 au Montreux Palace. Bien que Mussolini ne soit pas présent, c’est lui qui a eu l’idée de cette rencontre à Montreux. La conférence est convoquée par le comité d’action pour l’Universalité de Rome – mouvement fasciste international voulu par Mussolini.
Une cinquantaine de représentants issus de 16 pays participent à ce congrès, couvert par les journalistes de grandes agences de presse. A noter que sept ans avant le génocide débuté par les Einsatzgruppen hitlériennes en Pologne et en Ukraine, le «problème juif» est largement débattu à Montreux.
La Suisse, pays neutre, est représentée par le fasciste et antimaçon Arthur Fonjallaz, colonel de l’armée. Le Vaudois sera condamné en février 1941 à trois ans de prison et cinq ans de privation de droits civiques par la Cour pénale fédérale pour activité d’agent du Reich et exécuteur docile de la propagande nazie contre la Suisse.
Beaucoup de participants du congrès montreusien séviront aux côtés des exécuteurs, jusqu’à la chute du régime nazi et du fascisme. Le ministre-président collaborateur norvégien Vidkun Quisling est condamné à mort et exécuté. Idem pour l’antisémite et saboteur français Marcel Bucard.
La fin du Duce est connue et toute aussi dégradante. Alors qu’il tentait de fuir en Suisse avec sa maîtresse Clara Petacci, le sanguinaire dictateur italien est sommairement exécuté par des partisans communistes le 28 avril 1945 à Giulino di Mezzegra, dans la région de Côme.
Note: Livre «Présences fascistes en Suisse – Autour du doctorat honoris causa de Benito Mussolini (1937)». https://www.unil.ch/news/fr/1782382734420
Source: 24 heures, Riviera-Chablais Hebdo, https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2025/04/mussolini-et-la-suisse/