Montreux NEWS

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Paru le: 12/08/2026

Deux pompiers de la Riviera ont combattu le méga feu en Gironde

Membres du Service d’incendie et de secours Riviera – placé sous la responsabilité politique de l’ASR -, le lieutenant Nicolas Farinelli et l’adjudant Julien Reymond reviennent sur leur expérience inédite dans les forêts incendiées du sud-ouest de la France. 

Propos recueillis par Christophe Boillat

L’entraide n’a pas de frontières et on ne le sait que trop parmi les hommes et femmes, souvent volontaires, qui militent dans les services de secours. Ils interviennent toujours avec courage et détermination pour sauver des biens, mais encore plus des vies. Le lieutenant Nicolas Farinelli et l’adjudant Julien Reymond sont de ceux-là.

Nicolas Farinelli a 41 ans. «J’ai un enfant de 20 mois et une conjointe extraordinaire qui me pousse et me soutient. Je m’occupe d’acheter et concevoir les véhicules pompiers pour le Canton de Vaud à L’ECA. J’habite la Tour de Peilz depuis 3 ans et suis pompier volontaire depuis 21 ans.»

L’adjudant montreusien Julien Reymond est, lui, âgé de 42 ans, marié, père de deux enfants. «Je suis forestier-bûcheron à la commune de Montreux et j’habite à Brent. Je suis pompier volontaire depuis 23 ans. Je remercie ma famille et mes proches pour le soutien dans cette mission et la Commune qui a accepté mon absence.»

Du 25 juillet au 1er août, ces deux pompiers riviéristes ont combattu pied à pied avec des centaines d’autres femmes et hommes, aussi des forces de polices et sécurité et de nombreux bénévoles locaux, dans et autour des brasiers de Gironde. Ils nous racontent cette expérience hors du commun.

Vous êtes-vous directement porté volontaire pour intervenir en Gironde, ou est-ce votre commandement qui vous l’a proposé?

Nicolas Farinelli (NF): L’ECA a demandé un état de planning de toutes les personnes ayant la formation FdF2 (formation d’intervenant pour les feux de forêt) aux SDIS Nyon-Dôle et au SDIS Riviera, j’avais donc mis mes disponibilités. J’ai eu la chance d’être parmi les premiers contactés et j’ai de suite accepté… après validation familiale bien sûr!

Julien Reymond (JR): Au départ, l’ECA a demandé nos disponibilités durant l’été. J’ai reçu un appel de mon commandant et j’ai directement répondu oui.

Quelle a été votre principale motivation?

JR: L’adrénaline de vivre cette expérience exceptionnelle.

NF: Prendre de l’expérience principalement, ensuite vivre ce moment inédit. Et pouvoir aider, c’est une chose très importante.

À quel corps avez-vous été rattaché durant votre mission ?

NF: Nous sommes toujours restés entre Romands, mais avons travaillé avec d’autres groupes tel que les Marins-pompiers de Marseille, la Brigade des pompiers de Paris et les hommes du feu de Gironde.

Dans quel secteur exactement êtes-vous intervenus ?

JR: Village de Claouey, forêt du Grand-Crohot, bourg de Lège et commune de Marcheprime. Nous dormions principalement au lycée professionnel Philadelphe de Gerde, à Pessac (ndlr : banlieue de Bordeaux).

Combien d’heures travailliez-vous sur le terrain?

NF: De base nous avions des journées de 8h. Mais au tout début, les deux ou trois premiers jours, il y’avait tellement à faire que nous dormions environ 4 heures. Ensuite, nous avons pu bénéficier d’un rythme normal.

JR: Le tournus de 8h sur le terrain pouvait s’opérer de jour comme de nuit.

En quoi cette mission était-elle différente de celles que vous avez l’habitude de mener en Suisse?

JR: Une grande première pour moi, car je n’ai jamais été engagé dans une mission de feu de forêt en Suisse.

NF: Nous étions clairement dans des feux de forêt de grande ampleur, choses inconnues pour nous jusqu’à maintenant. Ce sont des feux qui se déplacent très vite, ou qui peuvent sauter de 300 à 400m d’un coup et nous encercler. Il faut toujours être très vigilant. Aussi, la nature des arbres et des sols ne correspond pas à ce que nous avons chez nous.

Avez-vous été surpris par l’ampleur du désastre?

JR: Être face à une telle désolation, ne peut que surprendre.

NF: Oui, déjà le premier soir en arrivant ou nous avons vu des murs de flammes proches de nous sur le secteur de Marcheprime.  Aussi, par la vitesse de déplacement du feu qui était ahurissante. Le lendemain, voir toutes ces zones brûlées c’était lunaire. Je suis aussi passé au Porge, village le plus touché avec presque 200 bâtiments brûlés. C’était très impressionnant de voir qu’il ne restait plus rien du tout, des fois même plus de mur…

On a évoqué la solidarité des nombreux bénévoles girondins. L’avez-vous ressentie aussi? En quoi leur aide a-t-elle été précieuse?

NF: Oui clairement, que ce soit dans les salles qui nous accueillaient pour manger, comme au lycée où nous dormions. Nous avions tout, de la nourriture, des produits d’hygiène. Vraiment ils étaient aux petits soins. Il y avait même des podologues et des masseurs pour nous remettre… sur pied. Ensuite sur le terrain, nous étions aidés par un très grand nombre de personnes avec des véhicules qui transportaient de l’eau pour nous ravitailler, et aussi pour nous aider à traiter les restes du feu.

JR: J’ai été effectivement très surpris par la solidarité, surtout que nous venions d’un autre pays. Et pourtant, c’est comme si on faisait partie de leur famille. Ils distribuaient des boissons et de la nourriture et nous remerciaient.

Avez-vous aussi pu profiter de moments de partage avec les autres volontaires venus de partout?

NF: Nous avons beaucoup échangé avec les autres pompiers, aussi sur les techniques et sur différentes choses. Nous avons vraiment retrouvé cette grande famille des pompiers.

Finalement, qu’est-ce que cette expérience vous apporté? 

NF: Professionnellement, nous avons pu mettre en action tout notre matériel et avons constaté toutes les forces et les faiblesses de chaque élément. Nous allons ainsi pouvoir faire évoluer notre matériel pour que nous soyons prêts quand ça va revenir. Personnellement ça été une expérience magique de voir que nous pouvons travailler avec tout le monde, et être main dans la main pour un but commun. Il n’y avait aucune rivalité. Les gens étaient d’une gentillesse avec nous, alors que nous effectuions juste notre travail. Mais pour eux, c’était énorme

JR: C’est une école unique car on ne rencontre pas un feu d’une telle ampleur en Suisse, et des techniques et une organisation que je n’aurais jamais vus autrement. Et humainement, quand tu es face à quelque chose d’aussi grand, tu réalises que tu es juste un humain qui essaie d’en protéger d’autres.

 

Légendes

L’adjudant Julien Reymond (à g.) et le lieutenant Nicolas Farinelli. DR

Une maison détruite au Porge. DR

Les avions Dash-8 ont largué des produits retardants. DR

La puissance de l’incendie dans la forêt du Grand-Crohot. DR