Montreux NEWS

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Paru le: 13/07/2026

Deep Purple à Montreux : une heure de rock, d’amitié et d’humour britannique

Il n’y a pas eu de solo interminable, ni d’amplis poussés à onze. Pendant une heure, au Montreux Jazz Festival, Deep Purple a offert quelque chose de bien plus rare : une leçon de vie. Une conversation à bâtons rompus où l’humour so British, l’autodérision et cinquante ans d’histoire du rock’n’roll se sont mêlés avec une étonnante simplicité.

À voir Ian Paice et Roger Glover répondre aux questions avec un flegme presque désarmant, on comprend vite que la plus grande réussite de Deep Purple ne réside peut-être pas uniquement dans les riffs immortels de Smoke on the Water. Elle tient avant tout à une amitié.

« La force de ce groupe, c’est que nous sommes de bons amis. On s’amuse ensemble. Oui, nous avons parfois été politiquement incorrects. Mais si tu n’es pas d’accord, tu n’entres pas en conflit », résume Ian Paice avec ce mélange de sérieux et d’ironie qui caractérise les gentlemen britanniques.

Le secret d’une longévité exceptionnelle ? Aucun discours grandiloquent. Juste une philosophie pragmatique. Après plus d’un demi-siècle d’existence, Deep Purple continue d’avancer sans prétendre avoir tout compris.

À la question de savoir depuis quand il considère le groupe comme « accompli », Roger Glover déclenche les rires dans la salle.

« Ce matin. »

Une réponse cinglante, typiquement britannique, qui résume à elle seule l’état d’esprit du groupe : ne jamais se prendre trop au sérieux.

Le workshop glisse ensuite vers un sujet résolument contemporain : l’intelligence artificielle.

Pour les musiciens, la menace n’est pas technologique, mais créative.

« L’IA n’a pas d’imagination. L’imagination permet de rendre possible ce qui semblait impossible. Il n’y a pas d’originalité dans l’intelligence artificielle. »

Dans la bouche de ces vétérans du rock, cette réflexion sonne moins comme une condamnation du progrès que comme une défense passionnée de ce qui fait l’essence même de la musique : l’étincelle humaine.

Puis vient une question qui amuse tout le monde : est-il plus difficile de faire durer un groupe de rock ou un couple ?

« Oui… oui… Tout est difficile », répond Roger Glover dans un éclat de rire. « Une difficulté après l’autre. »

L’image revient plusieurs fois au cours de la discussion : Deep Purple fonctionne comme un vieux mariage. On peut être différents, parfois en désaccord, sans pour autant cesser d’avancer ensemble.

Interrogés sur une anecdote du groupe, les musiciens esquivent avec malice.

« Être honnête en public ? Impossible ! »

Là encore, le rire précède la vérité.

« On peut être différents et rester ensemble, comme un couple après cinquante ans. C’est notre cas. »

Même lorsqu’il est question du renouvellement de la formation, aucune nostalgie ne transparaît. L’arrivée du claviériste Simon McBride n’est pas une affaire de génération.

« Ce n’est pas une question d’âge. La seule question est : est-il suffisamment bon ? C’est ainsi que nous avons accueilli Simon. »

Ian Paice, lui, évoque avec émotion le moteur qui l’a poussé à jouer sans relâche toute sa vie.

« Si tu as reçu le talent comme une bénédiction, tu ne dois jamais arrêter de créer. Si tu t’arrêtes, même deux ans, cela ne reviendra jamais de la même manière. »

Une phrase qui dépasse largement le cadre de la musique. Une profession de foi adressée à tous les créateurs.

À l’évocation de l’époque où une chanson pouvait rassembler toute une génération, le constat est teinté d’une légère nostalgie.

« Autrefois, une chanson pouvait dominer le monde. Aujourd’hui, il existe mille mondes. Les anciens jours nous manquent… », glissent-ils avant d’éclater de rire.

Mais le regard reste tourné vers l’avant.

À la veille de leur concert à Montreux, la promesse est simple.

« Ce sera de la vraie musique, jouée par de vraies personnes. »

Aucun effet de manche. Aucun slogan.

Juste une déclaration qui résume parfaitement Deep Purple en 2026.

Et lorsqu’on leur demande jusqu’à quand ils continueront, la réponse tombe comme une évidence.

« Nous continuerons jusqu’à ce que nous ne puissions plus. »

Après une heure passée en leur compagnie, une chose apparaît clairement : Deep Purple n’est pas seulement un groupe légendaire. C’est une bande d’amis qui a traversé les décennies sans perdre le goût de jouer, de rire et de créer. Au fond, c’est peut-être cela, le véritable secret du rock’n’roll.