Cette rubrique vous renseigne sur des sujets peu ou mal connus de MONTREUX.
En ouvrant ses rideaux le matin, vêtu d’un peignoir, une tasse de thé ‘earl grey’ à la main, Freddie Mercury, la voix flamboyante du groupe Queen, pouvait embrasser du regard le lac Léman et les montagnes depuis la baie vitrée de son appartement de Montreux. Un pas de plus et il était sur sa terrasse de 33 m2, avec la sensation de flotter entre l’air et l’eau, comme ces mouettes qu’il évoque dans «A Winter’s Tale», chanson parue en 1995, quatre ans après son décès. Le panorama lui avait inspiré des paroles de sérénité: «Il y a une sorte de magie dans l’air / Quelle vue magnifique / Une scène à couper le souffle.» Il conclut ainsi: «Suis-je en train de rêver?»
Au troisième étage de la résidence «Les Tourelles» il disait à la cantatrice Montserrat Caballé, avec laquelle il avait enregistré le duo «Barcelona»: «If you want the peace of soul, come to Montreux.» En Suisse, à l’abri des regards, le chanteur aspirait à cette «paix de l’âme». Depuis qu’il avait appris sa séropositivité, en 1987, Farrokh Bulsara, citoyen britannique ayant grandi entre l’archipel de Zanzibar et l’Inde, voyait ses forces décliner et son visage anguleux se creuser inexorablement. S’il n’avait alors pas fait état publiquement de ses problèmes de santé, il s’était décidé à acheter un appartement de 4,5 pièces au 15, rue de Bon-Port, à Territet, dans un immeuble Belle Epoque, qu’il a meublé à son goût.
Si la scène et ses coulisses lui ont donné l’occasion d’organiser les fêtes les plus extravagantes et décadentes de l’histoire du rock, Freddie Mercury se montrait raffiné, discret et timide à la ville. Il aimait les napperons brodés. Un jour, en plus de sa commande, la patronne d’une boutique lui fit cadeau d’un mouchoir sur lequel elle avait ajouté, à son intention, les initiales FM. L’artiste chérissait son anonymat et avait fini par croire qu’il n’était aux yeux de cette brodeuse montreusienne qu’un client comme un autre. «Vous m’avez reconnu?» s’étonna-t-il en recevant le présent.
A Montreux, pour l’aider dans ses achats et sa vie quotidienne, il y avait Jim Hutton, son dernier compagnon, rencontré en 1985. Peter Freestone, son assistant personnel pendant douze ans, était sa tête chercheuse depuis Londres. Lorsque Mercury convoitait une toile de Chagall ou de Miró, c’est lui qu’il mandatait au téléphone, de Suisse. Auteur d’une biographie intitulé «Freddie Mercury» (Editions Paulette), Freestone se décrit ainsi: «J’étais serveur, majordome, secrétaire et homme de ménage.» Il est un des rares à avoir connu intimement l’homme derrière la célébrité. «J’ai vu l’inspiration jaillir et j’ai vu la frustration lorsque les choses étaient au plus mal. J’ai été son garde du corps si nécessaire et, à la fin, l’une de ses «infirmières.»